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mercredi 21 mars 2012

Polémiques patrimoniales autour des budgets du Pompidou Mobile


Le Beaubourg Circus à Cambrai.
(photographié par Didier Rykner)
courtesy La Tribune de l'Art
Didier Rykner dans son édito de la revue en ligne La Tribune de l’Art du 10 mars 2012 discute les résultats et les budgets mis en œuvre par Beaubourg pour son Centre Pompidou Mobile que l’on peut voir actuellement à Cambrai. La Tribune de l’art est une revue en ligne qui commente l’actualité des musées et du patrimoine antérieur à 1940, normalement elle ne commente pas les problématiques liées à l’Art Contemporain.  Budgets et résultats tels que Alain Seban, directeur du Centre Pompidou, les décrit en commentant son action dans le Monde du 2/03/2012 ou Beaux-Arts Magazine  n°332 du mois de février. Le but affiché du Beaubourg mobile est de faire découvrir à de nouveaux publics des chefs d’œuvres de l’art moderne et contemporain par la présentation sous une tente de 14 chef d’œuvres de Beaubourg (Léger, Niki de St Phalle, Calder, …) et une œuvre prêtée par le FRAC régional. Bref il s’agit de faire circuler les oeuvres en dehors de Paris. La structure « peu chère » suivant Alain Seban est un investissement de 2,5 millions d’Euros suivant Didier Rykner. Le coût de la venue du Centre Pompidou serait entre 400 000 et 500 000 euros à la charge de la ville et de la région qui reçoit le Centre Pompidou Mobile et ses 15 œuvres ! Didier Rykner reproche donc à Beaubourg de ne pas prêter ses œuvres aux musées locaux et de faire un « Beaubourg Circus» dont l’expression est revendiquée par Alain Seban lui-même. De plus, les prochaines ville-étape de ce « tour de France » seront le Havre et  Nantes, villes dont les musées sont parmi les plus riches de France…

L'intérieur du Pompidou Mobile
 vu par Didier Rykner
courtesy La Tribune de l'Art
Autre reproche fait par Didier Rykner, l’infantilisation des visiteurs qui y est de règle pour amener au musée de nouveaux visiteurs : « Les adolescents et les adultes [sont accompagnés] par un comédien qui leur propose un « voyage dans la couleur » surprenant et inédit. ». Cette visite « surprenante et inédite » consiste, par exemple, à voir le comédien « appeler » au téléphone, devant le tableau de Georges Braque, L’Estaque, une supposée cousine habitant devant le port représenté par le peintre, à qui il demande qel temps il fait et de lui décrire ce qu’elle voit. Un enregistrement passe alors la réponse de la « cousine », qui s’exprime avec un accent à la Pagnol, ce qui fait très couleur locale. On traite donc des visiteurs adultes comme des enfants de cinq ans. On pourra citer aussi cette phrase du dossier de presse qui se suffit à elle-même : « Son arrivée [celle du Centre Pompidou mobile] doit être une joie pour les populations locales. »...
Une conception évènementielle de la culture que l’on retrouve dans l’interview qu’a donné Didier Fusillier intitulé « French Renaissance »  dans le Figaro du 16 mars 2012 et qui propose d’organiser des genres d’expositions universelles dans lesquelles chaque monument du patrimoine français accueillerait « une performance, un film, du design, une conférence de botaniste ou de médecin… pas un musée de poterie ! ». Didier Fusiller homme de théâtre, organisateur de Lille 2004, directeur des scènes nationales de Maubeuge et de Créteil, n’aime donc pas les potiers, mais il veut faire venir aussi du nouveau public à la culture. Il souhaite que les institutions cèdent 10% de leur programme à des artistes qui présenteraient dans leurs lieux leurs créations pour présenter ce qui fait « l’excellence de la France : ses paysages, son patrimoine, ses créateurs » !

Sur le site du Monde (09.03.12) de la même semaine, un petit dessin animé intitulé "La Parabole des Tuileries ou pourquoi l'économie de la culture a ses propres règles" présentait l’économie de la culture en une petite fable. Un parisien qui prend le soleil dans le jardin des Tuileries renseigne deux touristes avec lesquels il va boire une ou deux boissons gazeuses au pied de Montmartre. Le parisien se retrouve affublé des signes distinctifs du parfait français vu de Mars (béret, moustache, baguette, palette et barbe de Monet etc…) parce que la culture cela fait venir des touristes et remplir des hôtels et boire des canons, arguments avancés par Seban (Beaubourg Metz) et Fusiller (Lille 2004)… bref la culture c’est fait pour faire vendre du temps de cerveau disponible parce que quand on y prend goût on y revient ! On le sait bien la restructuration des musées s’est faite plutôt autour de la place du restaurant, de la vue depuis le Belvédère (3 euros à Beaubourg), des nuits blanches ( sorte de feux d’artifice versus fête de la bière) plutôt que sur la qualité des collections, car comme le dit Alain Seban dans Beaux-Arts Magazine p 77,  la collection des chefs d’œuvre est au MOMA de New York, la collection la plus active et intelligente c’est la Tate Gallery de Londres, et la collection encyclopédique c’est Beaubourg !  Tout est dit par Alain Seban, lui-même, qui l'admet, seule la partie historique de la collection de Beaubourg c’est-à-dire Picasso, Matisse, Miro intéresse les musées étrangers. Patrimoine quand tu nous tiens !
5 articles publiés en peu de temps comme les instantanés d’une époque à bout de souffle, comme le constant un peu affligeant qu’on ne sait pas regarder simplement ce qui se fait aujourd’hui et dans laquelle les conservateurs du patrimoine et les hommes de théâtre prennent la parole au nom des artistes. Il serait temps que les peintres et les artistes plasticiens prennent la parole eux-mêmes et se fassent entendre au lieu que l'on parle en leurs noms !