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lundi 2 janvier 2012

Béatrice Bonnafous, peintre

Méteore 162 x130 cm 2009
Méteore 162 x130 cm 2010


Pouvez- vous décrire brièvement votre travail ?

Tout d’abord c’est de la peinture à l’huile. Je suis dans le champs de la couleur, de la matière et du geste.  Le sentiment de la terre et l’appartenance au monde méditerranéen ne me quittent jamais. Ma peinture est abstraite mais jamais détachée . On peut dire que les  Verticales , Ascendantes, Météores et Circulations  sont plutôt une non- figuration où l’émergence de la nature est fondamentale  ;  forces telluriques et puissances cosmiques. L’objet  n‘y a pas sa place . Par contre les formes totémiques des femmes archaïques et des coupes qui, elles, sont figuratives s’inscrivent dans le même sentiment de la Terre. En cela, je revendique d’aller et de venir comme bon me semble de l’abstraction à la figuration.

Qu'est-ce qui vous motive pour créer ?

Je peins depuis  presque toujours.  Je peins et je dessine. Donc je regarde. Donc le rapport étroit entre la main, l’œil et le cerveau me passionne.




Circulation 162 x130


Pouvez-vous nous parler de votre pratique au jour le jour ?

Quand je suis à l’atelier, je mets assez longtemps avant de pouvoir agir. Bien entendu si la toile est vierge mais aussi  si la toile a déjà un début de sonorité. Comme je travaille la surface peinte ,sa profondeur et la montée de la couleur ,sa réfraction, il me faut être très concentrée et pour cela il faut attendre.
Aussi il m’a fallu trouver mon chemin technique. La connaissance du « comment peindre » est très importante pour moi . je fais attention au devenir de mes peintures et donc au comment et avec quoi je les peins .Mais en même temps je ne veux pas être prisonnière d ‘un savoir car je peux sans hésiter casser la surface si je le veux .En effet certains tableaux parmi les plus récents sont plus gestuels et plus agressifs parfois.       

Ma palette est souvent celle des terres et des rouges et celle de la nuit mais les couleurs acides, violentes  ou encore le travail des blancs  qui jouent un  rôle de plus en plus important. Le travail de la matière se poursuit jusqu’à la présence physique de la toile. De nombreuses couches se superposent jusqu’à une saturation chromatique . Parfois je travaille très longtemps une toile, parfois je la reprends des années après. Parfois elle vient vite et simplement.



Ascendante-Vaudou  2010

Depuis quand travaillez vous de cette manière ?

Avec le temps mon travail est devenu très centré. Il me faut donc être en phase avec cette attente et en même temps avoir l’ impulsion nerveuse. Mon geste et ma position physique très centrée font que je ne dépasse pas ce que j’appelle ma propre envergure, plus ou moins deux mètres. Dans l’évolution de mon travail, ce qui est complexe à vivre, c’est la liberté du geste tout en gardant la concentration. 
C’est une donne et c’est passionnant.           

Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencé ?

Les artistes qui m’influencent sont ceux qui gardent une part primitive.
Je voudrais prendre en eux ce pouvoir que bien sûr j’ai perd

Les œuvres de la « préhistoire »  animaux et signes. 
Représentation humaine .
Les mégalithes .
Les pierres sculptées et gravées .
Les venus archaïques.
Le moyen  orient  et les cultes solaires.
La sculpture gauloise
Les primitifs italiens  et en particulier Fra  Angelico et Sasseta
Rembrandt
Goya
Souter
Rothko
certains Fautrier
Bissière
Penone
Scully
Twombly
Kirkeby




Ascendante

Qu'est-ce qui en dehors des arts visuels fait évoluer votre travail ?


La musique et plus encore le concert est un moment d’inspiration et de concentration sur la peinture. La fusion avec la nature, peut-être presque rien… un peu de vent. Juste la présence et le silence.  La pratique du Yoga et le travail de la respiration et des circuits énergétiques. Je crois que l’évolution a lieu quand c’est le moment. Auparavant on reçoit sans pressentir une nouvelle logique interne . Mais tous les éléments accumulés  vont servir et c’est pour cela que la mémoire les a gardés .


Comment souhaitez-vous que le public reçoive votre travail ?

Alors que précédemment je ne sentais pas l’interêt des séries, celles-ci se sont imposées naturellement par l’exploration de la même forme. Celle-ci devient vecteur d’énergie , le geste de peindre accompagne et anticipe ce qui est peint.  Montagnes puis Ascendantes et Verticales déclinent cette tension. La terre est toujours présente, tout vient d’elle et tout y retourne. Dans la série des Circulations  le spectateur quand il s’agit d’une grande toile fait partie de l’expérience, face à l’énergie qui monte,va au plus haut et redescend à la terre et remonte et ….  Enfin, détachées de l’attraction terrestre, les Météores que je décline dans la même quête d’immensité sur de tous petits formats ou de très grands. L’immense peut être aussi l’intime. Il ne faut pas oublier la forme totémique de la  femme archaïque, première..  Longtemps seule , elle se multiplie et elles occupent la surface. Elles, on les a trouvées dans la terre. Les Papiers déchirés  et Généalogie restent figuratives, déclinant un signe du ventre et parfois un signe du phallus.
La peinture est aussi le vecteur de la sensualité et d’une séduction qu’elle exerce sur les sens par l’effet de certaines couleurs qui en même temps peuvent vous conduire à la  gravité.  C’est bien  cette alliance  que je cherche instinctivement.  C’est sans doute là que je peux trouver parfois  un aboutissement à ma peinture.


J’aimerai que celui qui regarde le tableau rentre dedans comme hypnotisé et que cela devienne très important pour lui. Mais déjà , si il s’arrête et ne regarde que lui, je suis contente.   

Qu'est-ce que vous avez vu récemment qui vous a marqué ?


La conjonction de trois œuvres : le dernier film de Nuri Ceylan, les photos de Diane Arbus et les tableaux de fra Angelico . . . C’est cela très récemment qui m’a marqué et  cette empathie me passionne. A l’exposition de Fra Angelico, chacun y allait de sa leçon en lisant chaque élément du tableau comme un rébus. Quel saint, quel miracle etc…. mais personne ne semblait voir le magnifique travail de la couleur. Je  me suis dit que j’étais contente d’être une peintre absraite. Il y a moins d’écrans  entre l’effet de la peinture et celui qui la regarde.


Dans quel sens selon vous doit évoluer l'art abstrait ?
Pas de réponse...

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