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mardi 27 mars 2012

Erik Levesque, peintre

L'oeil mystérieux - acrylique/toile- 2010
A l’occasion de l’exposition d’une quinzaine de peintures de Erik Levesque au siège d’ACMNVIE filiale du Groupe Crédit Mutuel du Nord Europe (CMNE), et à l’occasion de la publication d’un article de Erik Levesque « Rendre la peinture vivante, la technique de la couleur de Pacheco à Velasquez » consacré à la technique de Diego Velasquez, ses pigments et ses liants dans l'ouvrage collectif "Les Couleurs dans l’Espagne du siècle d’or," sous la direction de Yves Germain et Araceli Guillaume-Alonso, aux Presses Universitaires de Paris-Sorbonne,


Erik Levesque répond au questionnaire des Réalités Nouvelles.


Red Medusas - 2008 


Pouvez-vous décrire brièvement votre travail ?

Des taches de couleurs singulières, assemblées, mises en contradiction par une trace de pinceau, une dégoulinade, un caducée, … comme flottant dans la toile pour créer un suspens de la perception.

Qu'est-ce qui vous motive pour créer ?

La peinture est une expression si efficace. Il me faut trouver une forme surprenante, différente à chaque fois. Et puis il y a le plaisir, c’est incroyable ce que c’est agréable de peindre… C’est un bonheur absolu… la peinture vous réconcilie avec la vie. Les images naissent, grandissent, vivent, prennent leur autonomie. Quand on pense à la difficulté pour un cinéaste pour s’exprimer… C’est une chance de pouvoir contempler un bleu outremer qui se transforme en turquoise mais c’est aussi une interrogation… La peinture c’est une idée du monde dont l’imagination est la force.

Pouvez-vous nous parler de votre pratique au jour le jour ?

Eh bien c’est très simple, je travaille de 9h à 12h et de 13h 30 à 17h. Je dessine, je peins, j’essaie sur mon ordinateur, des images, des dessins, des textures, des formes, des couleurs, je compare des pigments nouveaux et des couleurs anciennes ou l’inverse !

Depuis quand travaillez-vous de cette manière ?

J’ai toujours travaillé très régulièrement. J’ai une théorie invérifiable, pour les artistes c’est exactement comme pour les sportifs entre la meilleure performance et la plus basse il n’y a pas 3% d’écart. Mais ce petit décalage il faut arriver à le surmonter… et ce n’est pas si facile ! En fait je détruis beaucoup de choses… J’attends en général un an avant de sortir un tableau de l’atelier. Le revoir à froid… L’esprit reposé… pour savoir s’il tient encore la route !

Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencés ?

Tous sauf trois … La peinture anglaise a été une révélation depuis le grand prix de la Biennale de Venise pour Howard Hodgkin 1984, j’ai alors découvert Frank Auerbach, puis Albert Irvin et John Hoyland avec qui il y a une rencontre magnifique… vraiment étonnante. Il avait une telle capacité à exprimer clairement ce qu’il faisait, à parler de peinture si simplement et de toute la peinture par seulement la contemporaine mais aussi la moderne, la classique… toujours attentif… râlant… d’une mauvaise fois merveilleuse…. Beaucoup d’humour… C’était vraiment impressionnant... La peinture anglaise à une légèreté, une assurance simple, elle est à l’aise, libre. Les artistes espagnols de la movida  quand je vivais en Espagne… ils étaient sombres, fiers et ombrageux… ils prenaient la vie à pleine dent ! Madrid m’a tué !

Qu'est ce qui en dehors des arts visuels fait évoluer votre travail ?

La musique a été importante mais elle l’est de moins en moins en partie parce que je deviens dur de la feuille. La poésie chinoise, des paroles de chansons, Baudelaire, « Cette vie est un hôpital ou chaque malade est posséder du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poële, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre » Et comme mes filles sont des cavalières de compétition, je passe des heures à dessiner des chevaux et des poneys en mouvement, je ne sais absolument pas comment cela m’influence mais  …. Blague à part je passe aussi beaucoup de temps à lire de la Théorie de l’Art et de l’Histoire de l’Art, classique et contemporaine. Je viens d’ailleurs de publier un article sur le matériel utilisé par Velasquez tel qu’il est décrit dans les résultats physico-chimiques de Jonathan Brown et Carmen Garrido du Prado en le comparant aux recettes décrites dans l’Arte de la Pintura de Francisco Pacheco, le maître de Vélasquez.
Sinon il y a le cinéma, cet art du XXe siècle qui vient de mourir sous nos yeux tué par le numérique, et en particulier Apocalypse Now (version longue avec la scène française… géniallissime)…

Comment souhaitez-vous que le public reçoive votre travail ?

Attraction - 2009


Plutôt bien que mal, qu’il s’en amuse, qu’il le goute, qu’il puisse s’établir une complicité ce serait parfait… Regardez un tableau, c’est comme prendre un verre avec quelqu’un, on passe un moment ensemble… c’est une rencontre ! 

Qu'est-ce qui vous passionne actuellement ?

L’évolution du matériel, l’arrivée de nouvelles couleurs, de nouveaux matériaux… On parle toujours des nouvelles technologies en parlant de la révolution numérique, mais l’évolution de la chimie des couleurs, c’est tout aussi étonnant. Je dois dire que je suis passionné par ce qui se passe avec et dans les Réalités Nouvelles. Ce salon, ce collectif va-t-il avoir la force de se sublimer, pour se transformer ou va-t-il mourir comme un taureau dans l’arène ?




Droséra - Acrylique sur toile - 2011
Dans quel sens, selon vous, doit évoluer l'art abstrait ?

A double sens … polysémique … C’est drôle, c’est la seule question que l’on peut garder du questionnaire de 1939 des Réalités Nouvelles, les autres questions du questionnaire étaient de pures formes de Curriculum Vitae artistique. Je trouve très surprenant d’ailleurs que Duchamp y ait répondu si sagement, date et lieu de naissance, première exposition, collection publique, bibliographie… etc… tout cela est charmant … bien qu’il propose le sens interdit ! Je suis très touché de la simplicité déconcertante avec laquelle  Mondrian, Kandinsky y répondent a 70 ans passés. Hélas les Delaunay eux n’y ont pas répondu… puisqu’ils posaient les questions !