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dimanche 29 juillet 2012

5 - 1939 : Otto Freundlich et Etienne Béothy : Les trois expositions du Salon des Réalités Nouvelles

Cinquième partie et suite de l"article de madame Denise Vernerey-Laplace de l"EHESS, autour de la création des Réalités Nouvelles en 1947... aujourd'hui retour sur l'exposition de 1939.

Le questionnaire rempli par Kandinsky
Créé en 1939 à l’initiative de Fredo Sidès, marchand d’art et collectionneur et du critique Ivanhoë Rambosson, le Salon des Réalités Nouvelles. Les trois expositions qui se succèdent  galerie Charpentier, offrent aux artistes non-figuratifs une première occasion d’exposer dans un cadre officiel. Il voit le jour dans un climat de vifs débats pour une redéfinition de l’abstraction. Les organisateurs ont retenu comme discriminant la date de 1920 à laquelle ils situent l’apparition de l’ « art concret », par opposition à l’ « art abstrait ». Que convient-il d’entendre par « art concret » ? 


Le Néo -Plasticisme a joué un rôle essentiel en l’affaire. Selon Théo Van Doesburg qui veut évacuer les relents figuratifs attardés encore dans l’abstraction, l’œuvre d’art concret doit être, « la réalisation d’un concept spirituel, intellectuel » dont les acteurs essentiels sont les relations optiques du fond et des formes. Cette conception dynamique d’un espace pictural où le temps s’impose comme acteur est proche de la conception non-euclidienne de l’espace cultivée par Otto Freundlich, proche de Albert Einstein et sensible aux incidences de la Théorie de la Relativité sur l’œuvre d’art.

Les artistes « dont la tendance inobjective s’est volontairement arrêtée en 1920», Jean Arp, Robert et Sonia Delaunay, Albert Gleizes, les frères Villon et Marcel Duchamp sont invités à exposer les premiers. La deuxième exposition, du 30 juin au 15 juillet 1939, présente les tenants de l’art concret, Otto Freundlich aux côtés de Van Doesburg, Naum Gabo, Vassily Kandinsky, Kasimir Malevitch, Frantisèk Kupka, El Lissitzky, Kurt Schwitters, Georges Vantongerloo. Otto Freundlich -  ce sera sa dernière exposition avant son internement puis sa déportation -  présente une Composition de 1939, tempera sur papier, qui est présentée non loin de l’Arc Noir de Kandinsky. Etienne Béothy est appelé lors de la troisième exposition dans la section consacrée aux « artistes postérieurs à 1920 » engagés donc d’emblée sur la voie de l’art « concret ».
Fredo Sidès adresse aux artistes un questionnaire qui 
doit permettre d’ « établir des notices parfaitement documentées dans le catalogue ». A la question numéro 7 : « Dans quel sens doit, selon vous évoluer la peinture contemporaine ? », la plupart font référence à Cézanne, à Van Gogh, au cubisme voire à l’impressionnisme avec lequel selon Otto Freundlich, l’art contemporain n’aurait pas complètement rompu. Dans sa réponse, Otto Freundlich incite les artistes à sortir de leur isolement et à élaborer : « une nouvelle langue… ce que l’on peut dire sur l’art ‘abstrait’ et sur son advenir, c’est qu’on ne peut les séparer de l’avenir de toute histoire terrestre ».  Etienne Béothy répond tout aussi complètement. Il justifie sa tardive sortie de la figuration par l’atmosphère étouffante où il a vécu ses années de formation à Budapest: les « oeuvres abstraites étaient cotées comme art destructif. ». Puis il évoque son évolution après 1923, entre géométrie et abstraction:  Etienne Béothy a, en effet, entrepris en 1931 la création une série d’œuvres,  Flamme rythmo-plastique, Forme et rythme, Ryhmoplastique plastique  dont il ne théorisera la conception que dans les années cinquante, insistant sur l’ordonnancement rythmique, les proportions géométriques et le respect de la sectio aurea, le Nombre d’or qui préoccupent alors les artistes du groupe de Puteaux. Depuis 1928, Béothy se consacre à un seul matériau, le bois auquel peu à peu il adjoindra la couleur. Il prête quatre œuvres au Salon, Rythmes entrelacés, Essor, Trois Rythmes et la Mer qui sont proposés à la vente.


à suivre ...

6: Otto Freundlich. 1878-1943. Pionnier de l'abstraction, acteur des avant-gardes
7: Etienne Béothy. 1897-1961. Le sculpteur au nombre d'Or
8: Jean Leppien. 1910-1991. Du Bauhaus à Paris